Rêver 2074

Rêver 2074, une utopie du luxe français

Une aventure inédite proposée par la fine fleur du luxe et de la science-fiction français.

A télécharger gratuitement sur www.rever2074.com

 


Les nouveaux mots du luxe

Rêver 2074, une utopie du luxe français a été publié en novembre 2014 en français et anglais.
Œuvre collective d’un genre inédit signé de plus de 100 auteurs membres du Comité Colbert, elle rassemble six nouvelles de Samantha Bailly, Jean-Claude Dunyach, Anne Fakhouri, Xavier Mauméjean, Olivier Paquet, Joëlle Wintrebert, des néologismes d’Alain Rey et une nouvelle musicale de Roque Rivas.

Voici un extrait du texte d’Alain Rey :

Voici, à titre d’exemple, quelques entrées du néoluxe dans le dictionnaire que publie, tant sur papier qu’en ligne sur Internet, le groupe d’édition multinational Lexifrench, dont le nom scandalise tout autant que le ridicule « Made in France », qui défend, en anglais, la production française.

ARTIFACTUM, nom masculin

Est emprunté à une expression latine signifiant « créé par une activité, une technique, un savoir-faire humains ». Le mot s’oppose à naturel et aussi à industriel. Les produits de luxe étant devenus les seuls à pouvoir refléter une créativité artisanale per­sonnelle, ce latinisme a pris un sens différent de celui du mot savant artefact, pris à l’anglais au début du xxe siècle, d’abord en médecine, pour désigner tout effet provenant d’une intervention humaine, puis en archéologie, en préhistoire, où l’on doit distinguer les artefacts, produits d’une technique humaine (par exemple des silex taillés), des formes naturelles.

On aurait pu franciser ce mot en artefait ou artifait, mais on a préféré la forme latine.

Exemple : Les artifacta (ou artifactums par fran­cisation) sont ces objets, ces oeuvres, ces services qui résultent d’un travail d’art ; ils manifestent une créativité, une innovation et un caractère spécifique, personnel et authentique ; ils conservent les traces de l’acte individuel de création par rapport à la perfection apparente et morne de la reproduction industrielle.

BEL-ÊTRE, nom masculin

De bel, forme de beau, et être, sur le modèle de bien-être.

Ce composé, apparu dans les années 2050, désigne l’état objectif, traduit par des sensations et des appa­rences esthétiques, qui correspond à la subjectivité du bien-être.

Exemple : Au-delà de la beauté physique, carac­tère naturel, génétique, le bel-être instaure un statut particulier et sensible à tous de l’être, qui fait de son détenteur un individu porteur de beauté, tant naturellement que par un effet de l’art ; le luxe est nécessaire pour accéder au bel-être.

Ce mot est très courant en français du Québec.

CALLIPHORE, adjectif ; CALLIPHORIE, nom féminin

Mots formés des éléments grecs signifiant « beau » (kallos) et « qui porte » (du verbe pherein).

L’adjectif qualifie ce qui porte, transmet de la beauté, quelle que soit sa nature, et le nom désigne cette action par laquelle le beau est transmis.

Exemple : Les actes, les objets, les oeuvres et leurs auteurs peuvent être dits calliphores lorsqu’ils sont capables de transmettre toutes sortes de sensations et d’émotions esthétiques ; c’est l’honneur des pro­ducteurs de luxe d’être considérés comme étant calliphores. La calliphorie est le fait de l’art et des artistes, de certains artisans et de leurs artisanats, et -phore, dans ces mots, peut représenter la diffusion et le commerce.

Ce n’est pas un hasard si euphorie, du grec eu-, « bon », et du même -phorie, est un mot du bien-être, parfois du bel-être, et du bonheur.

C.M.C. ou CMC, nom masculin

Sigle de Cercle mondial de connaisseurs, expres­sion apparue dans les années 2010-2020, lorsque des groupes d’amateurs, grâce à l’informatique, purent se réunir où qu’ils résident pour confronter leur expérience, notamment à propos des produits de grandes marques de luxe.

Exemple : Les membres des C.M.C. (ou CMC) sont de toute nationalité, de toute origine ethnique, de toute culture, des deux sexes, de tout âge (excepté pour les produits réservés aux adultes, comme les vins et alcools) ; c’est le statut d’amateur éclairé, de connaisseur passionné, qui les réunit.

EXTASIE, nom féminin

Paraît nouveau par rapport à extase, mais il consti­tue en réalité un retour à la première forme de ce mot très ancien. C’était, du xiiie au xxie siècle, un terme religieux, pris au latin, pour désigner un état mystique où le sujet a la sensation de sortir de soi-même, ce que dit le verbe grec d’où vient ce mot : ex-histonai, « placer en dehors ». L’extase religieuse, pratiquée par les grands mystiques, est un ravisse­ment qui élève l’âme et la rapproche de Dieu.

Or, depuis quelques décennies, les progrès des neu­rosciences ont pu aboutir à des méthodes capables de provoquer, chez l’utilisateur de produits « imma­térialistes » (voir ce mot) issus des marques de luxe, des émotions autrefois inaccessibles. Laïcisée par rapport aux extases, l’extasie crée un état de plai­sir où les sensations habituelles sont transcendées, selon le rêve de maint poète du passé, par exemple Rimbaud.

Le mot, cependant, ne peut être confondu avec l’anglicisme ecstasy, désignant une drogue qui fut en vogue vers la fin du xxe siècle, et qui créait une situation artificielle, dangereuse et addictive, une fausse « extase ».

FORMOSE, adjectif

Emprunté vers 1065 au latin formosus, il rappelle que le mot de la beauté physique, dérivé de forma, « la forme », en était venu à désigner aussi l’élé­gance. L’adverbe formose signifiait « de manière élégante, charmante ».

Conformément à son étymologie, formose, par rap­port à beau, belle, apporte une idée d’élégance natu­relle et de charme. On dira par exemple : cette robe, cette décoration sont non seulement belles, elles sont véritablement formoses, ou il a su donner à son appartement un air, un caractère formoses.

Le mot est littéraire, sinon précieux, ce qui va bien à sa signification. On emploie aussi le superlatif for­mosissime, dont l’équivalent existait en latin – ainsi que le nom féminin formosité.

IMAGIQUE, adjectif

Mot-valise mis à la mode assez récemment, où l’adjectif magique est en partie absorbé par l’idée d’image. On risque de le confondre avec un dérivé en -ique d’image.

Par ce mot, ce qui est à la fois imagé, de la nature de l’image, et magique, dans son sens fort, revêt une qualité sensible, à la fois visible et spirituelle. Sans atteindre le mystère du mage, mot venu de Perse, passé par le grec et le latin, le terme latin imago est plus riche que son descendant français ; il désignait toute apparence, réelle ou fantasmée, y compris celles des esprits, apparitions et fantômes. Le plu­riel latin imagines se disait aussi des « figures » du discours, par exemple des métaphores, qui en effet « font image ». On pourrait dire, avec un élément tiré du grec, qu’elles sont imagiphores. C’est ainsi que ce mot, à la descendance fascinante, de l’imagi­nation à l’imagerie et à l’imaginaire, était fait pour rencontrer les prodiges de la magie.

Tout ce qui est ou qui fait image et qui, par l’effet de l’art, produit de la transcendance et du rêve peut être qualifié d’imagique. Les images sont alors les signes d’un règne au-delà des apparences, tout en étant bien réelles ; ceci les rapproche des effets du luxe, tel le rêver-vrai.

Remarque : on ne confondra pas ce mot avec le franglais e-magique qui concerne soit une « magie » supposée de l’Internet soit les contenus de l’univers numérique qui concernent la magie, et qui relèvent parfois du charlatanisme.

IMMATÉRIALISTE, adjectif

Tiré de immatériel il y a une quinzaine d’années, cet adjectif a été formé à propos des recherches menées par certaines industries du luxe afin de pouvoir transmettre, par voie virtuelle, de nouvelles sensa­tions évoquant des substances rares et précieuses.

Exemple : Les techniques et les procédés immaté­rialistes sont destinés à créer des environnements, des plaisirs où interviennent les sources d’émotions les plus exceptionnelles, trop rares pour être direc­tement accessibles.

INSTÉTERNEL, ELLE, adjectif

Mot-valise formé sur éternel avec le substantif ins­tant. Ce dernier représente un ancien adjectif signi­fiant « imminent », venant du latin, où il représente le verbe in-stare, qui marque le rapprochement. D’où le sens de « petitesse dans le temps », dont le contraire est la durée sans fin de l’éternité. Or, l’un des grands paradoxes du luxe est qu’il produit des sensations immédiates au moyen de pratiques héri­tées et de méthodes éprouvées, qu’il crée des objets durables pour transmettre des émotions vives et fugaces, qui sont à renouveler constamment, qu’il sait se prolonger dans la durée tout en innovant dans l’instant.

Dans ce composé, l’idée d’éternel est métapho­rique et n’exprime que la longue durée à l’échelle humaine, ou bien la longue mémoire des instants luxueux. On parlera ainsi d’un repas ou d’une soirée instéternelle, ce qui dit plus que « mémorable ». Le mot peut se substantiver : l’instéternel est une caté­gorie dans le luxe qui peut aller de la restauration à la joaillerie, des objets durables et valorisés par leur référence au passé jusqu’aux émotions dignes de mémoire.

On remarquera que cet emploi de l’adjectif éter­nel constitue un retour aux origines, car le latin archaïque aeviternus « qui dure toute la vie », de aevus, « l’âge, la durée de vie », est devenu plus tard aeternus, prenant valeur absolue, puis religieuse. En dernière analyse, l’éternité vient de l’idée de « durée de la vie humaine », et non de « temps sans fin ». Or, cette vie n’est qu’un instant, la sagesse antique n’a cessé de le rappeler. Ainsi, un composé récent, exprimant un paradoxe apparent, celui même du luxe, peut révéler le réel même.

INTIPLANÉTAIRE, adjectif

Exprime, de manière assez lourde (on aurait pu pré­férer intimondial, ale, aux), un autre paradoxe du luxe : celui de créer des émotions et des plaisirs per­sonnels, intimes, et d’avoir pourtant valeur univer­selle, la référence à la « planète » suggérant que les établissements humains hors de la Terre, qui sont encore exceptionnels et expérimentaux, n’ont aucun impact sur la perception planétaire, terrestre, de l’habitat humain, quoiqu’en disent les médias.

Formé sur intime et planétaire, ce mot qualifie le caractère à la fois humaniste, universel sur le plan humain, et personnel, intime, des émotions et des plaisirs, ce caractère étant réalisable par l’élabora­tion du luxe.

Exemple : Les réalités intiplanétaires sont rarement naturelles, plus souvent culturelles, impliquant l’art et les techniques du luxe.

Le mot est plus général, plus abstrait que proximon­dial (voir ce mot).

NOVENTIQUE, adjectif et nom masculin

Ce mot est formé sur le radical nov- de innover et de nouveau, et sur la finale de l’adjectif authentique.

Ce mot transmet — concurremment avec innoven­tique, qu’on a trouvé trop long et qu’il a pratique­ment éliminé — l’idée d’une association intime entre l’innovation, la nouveauté, d’une part, et, de l’autre, l’authenticité, fondée sur une tradition de savoir-faire hérité et sans cesse amélioré.

Exemple : Un objet, une prestation noventiques réconcilient les notions de patrimoine et d’avant-garde. La recherche du noventique est fondée sur une créativité personnelle associée à des talents hérités et renouvelés.

ORBIQUITÉ, nom féminin

Il est formé d’après ubiquité sur le latin orbs, orbis, « cercle », terme d’astronomie employé notamment à propos du cercle du zodiaque et dans l’expression orbis terrae, « le cercle de la Terre », alors opposée à globus, « la sphère », dans la croyance à une Terre plane. Le mot latin est encore perçu en français par la formule vaticane de la bénédiction papale « urbi et orbi », « de la Ville (Rome) et de la Terre ». Quant à ubiquité, ce mot vient du latin ubique, « partout », pour exprimer en théologie l’une des propriétés divines, celle d’être présent partout à la fois, ce qui donne à la notion un caractère absolu et universel ; la philosophie du xixe siècle y a ajouté la notion tem­porelle d’uchronie.

Cependant, si l’on veut parler d’une présence simul­tanée, non pas abstraitement, mais sur « la Terre des hommes », le substantif orbiquité peut convenir, ainsi que son dérivé orbiquitaire.

Exemple : Obtenir l’orbiquité, pour une oeuvre ou un objet reproduit industriellement, est l’un des objectifs des artisanats du luxe.

PROXIMONDIAL, ALE, AUX, adjectif

Il est un composé de proxi-, du superlatif latin proxi­mus, « le plus proche », et de mondial. Proxi- est connu grâce à proximité, emprunté au latin, bien qu’on n’emploie pas proxime, se contentant de proche.

Ce qui est au plus près peut paradoxalement appar­tenir à la catégorie de l’universel humain, dans le milieu favorable à la vie qu’est la planète Terre, grâce à un certain ordre qui se distingue du chaos et s’y oppose ; tel est le sens du mot latin mundus, qui correspond au grec kosmos, passé en français et en d’autres langues au sens d’« univers ».

L’idée de « proximité mondiale » résume la condition de l’être humain vivant, à la fois individu, personne, enfant, adulte, vieillard, homme et femme, représen­tant(e) d’une espèce animale du groupe des mam­mifères primates. Dans l’expérience concrète, c’est l‘individualité, la personnalité qui est ressentie et vécue. Faire surgir l’universalité humaine, en dépit des pulsions de défense et d’agressivité, en dépit des ignorances et des préjugés, est une tâche difficile : la science et la philosophie s’en chargent, à côté de l’art, de la littérature, de la poésie, de la musique et sur le plan du concret, des activités de développe­ment et de partage du luxe, étroitement liées à celles de la création et de la sagesse. C’est cette trajectoire double, de la personne unique à l’humanisme total, qu’exprime cet adjectif en usage depuis quelques années.

Exemple : Les ouvrages, les objets proximondiaux sont nécessaires à la prise de conscience de l’uni­versel humain ; ils concrétisent la nature proximon­diale du plaisir et des sensations qui correspondent au luxe de la vie.

RÊVER-VRAI, nom masculin

Il est composé de l’infinitif du verbe rêver et de l’ad­jectif vrai pour exprimer le désir et le besoin de faire accéder chacun à ce qui semblait être du domaine de l’inaccessible, dans le registre agréable.

Exemple : L’artisanat et l’industrie du rêver-vrai correspondent d’assez près à ceux du luxe. Le rêver-vrai est réel, perceptible, sensible ; ce n’est pas un songe, mais la concrétisation du virtuel.

Le mot est collectif ; il s’applique à une catégorie d’objets et de services. De ce fait, il ne désigne pas une chose particulière et on ne l’emploie pas au plu­riel, ce qui économise un problème d’orthographe délicat.